Pourquoi l’expérience ne suffit pas pour réussir les changements
Dans de nombreuses organisations, une idée revient régulièrement : “Plus on a vécu de transformations, mieux on est préparé pour la prochaine.”
C’est logique, rassurant… mais dans la réalité du terrain, ce n’est pas si simple.
À travers cette vidéo, je reviens sur l’un des malentendus les plus répandus dans la conduite du changement : l’exposition au changement ne crée pas automatiquement la capacité à changer.
C’est même souvent l’un des angles morts des transformations.
Un chiffre revient souvent dans les études sur la transformation organisationnelle : environ 30 % des projets de changement atteignent réellement leurs objectifs initiaux. Pas parce que les outils sont mauvais, pas parce que les budgets manquent, pas parce que les personnes sont de mauvaise volonté.
La raison principale est presque toujours la même : on a sous-estimé le facteur humain. On a traité le changement — ce qui est décidé, planifié, déployé — sans suffisamment traiter la transition — ce qui se passe réellement à l’intérieur des personnes quand elles vivent ce changement.
Et la sous-estimation du facteur humain ne vient pas d’un manque de conscience. Elle vient souvent d’une conviction implicite : « On a déjà vécu des changements. On sait faire. » C’est là que commence le problème.
Les équipes, les managers, les directeurs et les comités de direction font preuve d’une capacité d’adaptation remarquable. Le problème n’est jamais la volonté ou la compétence individuelle.
Ce qui pose question, c’est ce que nous faisons de l’expérience accumulée.
Sans analyse, sans retour d’expérience, sans capitalisation structurée, l’expérience reste à l’état brut. Et l’expérience brute ne devient pas automatiquement une compétence. Au lieu de progresser, on développe surtout :
Utile sur le moment, mais insuffisant pour renforcer durablement la capacité à réussir les changements suivants.
Un changement ne se résume jamais à un nouvel outil ou un nouvel organigramme.
C’est un effort cognitif, humain, collectif.
Et cet effort dépend d’une ressource rare : la bande passante.
➡️ c’est la capacité réelle à absorber des informations,
➡️ à comprendre le “pourquoi”,
➡️ à changer ses routines,
➡️ à intégrer de nouvelles pratiques,
➡️ à coopérer autrement.
Lorsque cette bande passante est saturée (réunions, urgences, changements successifs, priorités mouvantes), tout devient plus complexe :
Cette saturation touche tous les niveaux de l’organisation : du terrain jusqu’aux comités de direction.
Dans le sport, dans l’artisanat, dans la chirurgie, dans la gestion de projet comme dans le management : l’expérience ne vaut que si elle est analysée.
Sans ce travail, on répète ce que l’on connaît déjà. On ne progresse pas. On se protège. On ajuste “au feeling”.
Ce n’est pas un défaut : c’est humain. Mais pour réussir les transformations, cela ne suffit pas.
Les organisations qui réussissent durablement leurs changements ont toutes un point commun :
👉 elles transforment l’expérience en apprentissage structuré.
Les organisations qui progressent sont celles qui prennent le temps de :
Ce travail ne demande pas plus d’efforts. Il demande plus de clarté et plus de structure.
Quelques heures par mois suffisent souvent pour éviter des mois de friction.
Transformer l’expérience en compétence ne se fait pas spontanément. Ça demande des actions ciblées à chaque étape d’un changement — pas seulement pendant, mais avant et après.
Avant, le travail de capitalisation commence déjà : qu’est-ce que les changements précédents nous ont appris ? Qu’est-ce qui a fonctionné, qu’est-ce qui a achoppé ? Cette analyse rétrospective est rarement faite sérieusement — on est déjà passé à autre chose. Et pourtant, c’est elle qui permet de ne pas reproduire les mêmes erreurs.
Au moment de l’annonce, l’enjeu est de cadrer avec précision : qu’est-ce qui change, pour qui, à quelle échéance ? Qu’est-ce qui ne change pas — et qu’on peut utiliser comme ancre ? Dire ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas encore, plutôt que de combler les zones d’incertitude avec des réponses approximatives.
Pendant le changement, l’enjeu est d’accompagner sans improviser — en restant attentif aux réactions réelles des personnes, en ajustant les actions en fonction de ce qui se passe sur le terrain, et en valorisant les premiers progrès même modestes. C’est la phase où la plupart des managers décrochent, parce qu’elle dure plus longtemps que prévu et qu’elle est moins visible que l’annonce.
Après, le travail de capitalisation reprend. Pas comme une formalité administrative — comme une étape à part entière du changement. Qu’est-ce qu’on a appris ? Qu’est-ce qu’on garde ? Qu’est-ce qu’on ajuste pour la prochaine fois ? Cette phase est presque toujours sacrifiée au profit du projet suivant. C’est précisément pour ça que l’expérience s’accumule sans vraiment se transformer en compétence.
Ce cycle — analyser, cadrer, accompagner, capitaliser — c’est ce qui distingue les organisations qui progressent vraiment dans leur capacité à changer de celles qui traversent les transformations en mode survie.
L’expérience ne s’accumule pas comme un capital automatique.
Pour qu’elle devienne une compétence, elle doit être structurée, partagée, mise en commun.
Le véritable enjeu des transformations n’est donc pas uniquement d’embarquer les équipes.
C’est de leur donner la bande passante et l’espace collectif pour transformer ce qu’elles vivent en apprentissage.
C’est là, précisément, que se construit la capacité à réussir les changements
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