“On voudrait un jeu pédagogique”
“Il faudrait quelque chose de plus ludique.”
“Nous voulons rendre la formation plus dynamique.”Ces demandes sont fréquentes, et elles partent souvent d’une bonne intention.
Les responsables formation, managers ou experts métier veulent faire participer davantage les apprenants. Ils veulent éviter une formation trop descendante. Ils veulent créer de l’engagement, rendre un sujet plus concret, favoriser les échanges et aider les participants à mieux retenir.
L’intention est juste. La question est de savoir si le jeu pédagogique est vraiment la meilleure réponse.
Un jeu pédagogique peut être très puissant lorsqu’il sert un besoin clair. Il peut faire vivre une situation, révéler des comportements, créer une expérience commune, déclencher une prise de conscience et ouvrir un débrief utile.
Mais le jeu reste un moyen. Il ne doit pas être choisi avant d’avoir clarifié ce que les participants doivent comprendre, pratiquer, décider ou réutiliser après la formation.
Chez Eikos Concepts, nous partons toujours du besoin réel avant de choisir la modalité : jeu pédagogique, simulation, cas pratique, atelier, mise en situation, quiz, vidéo, entraînement ou parcours plus complet.
La bonne question n’est donc pas : “Quel jeu allons-nous utiliser ?” C’est : “Qu’est-ce que cette formation doit vraiment faire réussir ?”
Une formation peut avoir besoin de rythme. Elle peut avoir besoin d’activité. Elle peut avoir besoin d’engagement. Mais ces besoins ne disent pas encore quel apprentissage doit être construit.
Un jeu choisi trop tôt peut donner une impression de dynamisme sans traiter le vrai sujet.
Le jeu n’est donc pertinent que s’il éclaire le besoin. Il ne doit pas seulement rendre la formation plus agréable. Il doit rendre l’apprentissage plus utile.
Dans ce cas, un jeu centré uniquement sur la communication risque de manquer la cible. Une activité sur la priorisation, le temps managérial à valeur ajoutée ou le mode réactif sera probablement plus utile.
Dans ce cas, la gamification peut aider si elle soutient la pratique dans la durée, les défis terrain, les retours d’expérience et les engagements entre sessions. Elle sera moins utile si elle se limite à ajouter des points, des badges ou un classement.
Selon la réponse, le format ne sera pas le même.
Dans chacune de ces situations, la bonne réponse n’est pas “oui au jeu” ou “non au jeu”. La bonne réponse consiste à comprendre ce qu’il faut vraiment faire réussir.
Partir du besoin réel demande de ralentir légèrement au début pour gagner en justesse ensuite. Cette étape n’a rien de théorique. Elle permet de relier la demande à des situations concrètes.
Ces questions permettent de choisir le bon format.
Le jeu devient alors une option pédagogique parmi d’autres, pas un point de départ imposé.
Un jeu pédagogique est particulièrement utile lorsqu’il permet de créer une expérience que les mots seuls produisent difficilement.
Il peut faire apparaître une dynamique d’équipe. Il peut rendre visible une stratégie individuelle. Il peut montrer l’effet d’une information mal partagée. Il peut révéler une tendance à agir trop vite. Il peut faire vivre une tension entre vitesse et qualité. Il peut mettre en scène une coopération fragile. Il peut aider un groupe à ressentir ce que signifie une transition.
Cette dimension expérientielle est précieuse. Un apport théorique explique. Un jeu fait vivre. Le débrief permet ensuite de comprendre.
Mais cette force a une contrepartie. Un jeu prend du temps. Il demande des règles, une animation, une exploitation et un transfert. Il doit donc apporter une vraie valeur par rapport à une modalité plus simple.
Avant de choisir un jeu, une question est très utile : qu’est-ce que le jeu permettra de faire vivre ou observer que nous ne pourrions pas obtenir aussi bien autrement ? Si la réponse est claire, le jeu mérite sa place.
Un jeu sans débrief produit une expérience. Un jeu avec un bon débrief peut produire un apprentissage transférable. Le débrief est le moment où l’on relie l’activité à la réalité professionnelle.
Ce passage est essentiel. Les participants peuvent avoir été actifs, engagés et intéressés pendant le jeu. Cela ne garantit pas qu’ils sauront en tirer des repères utiles pour leur métier.
Le débrief aide à faire ce travail. Il transforme l’expérience vécue en compréhension. Puis il transforme cette compréhension en action possible.
C’est pour cela qu’un jeu pédagogique doit toujours être conçu avec son débrief. On ne choisit pas seulement une activité. On choisit ce que l’on va exploiter pédagogiquement.
Une vidéo pour illustrer cette logique (cliquez sur l’image pour aller sur notre page Youtube) :

Dans cette courte vidéo, nous montrons pourquoi le choix d’un jeu pédagogique doit toujours venir après l’analyse du besoin. Le jeu peut être une excellente réponse, mais seulement si l’on sait précisément ce qu’il doit permettre de faire vivre, analyser et transférer.
Le choix pédagogique dépend de l’effet recherché.
Cette distinction évite de tout appeler “jeu”. Elle aide à choisir la modalité la plus juste.
Le jeu est parfois la meilleure réponse. Il ne l’est pas toujours. C’est ce qui rend le choix pédagogique intéressant.
J’ai contribué, avec d’autres experts français de la formation et de la pédagogie, au Manifeste de la ludopédagogie 2030 (cliquer sur l’image pour le télécharger).
L’une des idées centrales est simple : le jeu pédagogique ne se justifie pas par lui-même. Il se justifie par les apprentissages qu’il rend possibles. Cette position est importante.
Elle évite deux excès. Le premier consiste à rejeter le jeu parce qu’il serait moins sérieux qu’une formation classique. Le second consiste à valoriser le jeu simplement parce qu’il rend la formation plus attractive.
Entre les deux, il y a une voie plus solide : utiliser le jeu avec rigueur, en partant des objectifs, des publics, des situations réelles et du transfert attendu. C’est exactement la ligne Eikos. Le jeu n’est pas décoratif. Il est pédagogique lorsqu’il sert un apprentissage utile, utilisable et utilisé.
Pour décider si un jeu est pertinent, une trame courte peut suffire.
Cette trame évite de choisir un jeu pour de mauvaises raisons. Elle permet aussi d’expliquer clairement à un client, un commanditaire ou un responsable formation pourquoi tel format est proposé.
L’IA générative permet aujourd’hui de produire rapidement des idées d’activités, des règles de jeu, des scénarios, des cartes, des défis ou des quiz. C’est une aide intéressante.
Mais elle peut aussi donner l’illusion que la conception pédagogique est faite, alors que le besoin n’a pas encore été clarifié.
Un jeu généré rapidement peut être séduisant. Il peut avoir une histoire, des rôles, des points, des niveaux et des défis. Mais s’il ne répond pas au besoin réel, il risque de créer une activité agréable sans effet durable.
L’IA peut aider après le cadrage. Elle peut proposer des variantes, simplifier des consignes, enrichir un scénario ou créer des supports. Elle peut aussi aider à comparer plusieurs modalités. Mais la décision pédagogique reste humaine.
Que veut-on faire apprendre ? Pourquoi ce format ? Que va-t-on observer ? Comment va-t-on débriefer ? Comment les participants vont-ils transférer ?
L’article IA en entreprise et création de valeur prolonge cette logique : produire plus vite est utile lorsque l’on sait quelle valeur on cherche à créer.
Dire à un commanditaire que le jeu n’est peut-être pas la meilleure réponse peut être délicat.
Il ne s’agit pas de refuser sa demande. Il s’agit de l’aider à mieux atteindre son objectif.
La posture utile consiste à reconnaître l’intention : “Vous voulez rendre la formation plus active et plus engageante.” Puis à ouvrir le besoin : “Regardons maintenant ce que les participants doivent réellement réussir après la formation.”
Ensuite, on peut proposer le bon format : “Pour cet objectif, un jeu court suivi d’un débrief sera pertinent”, ou bien “Pour ce besoin, une mise en situation progressive sera plus efficace”, ou encore “Le jeu peut ouvrir le sujet, mais il faudra ensuite un atelier de transposition.”
Cette manière de dialoguer évite l’opposition entre ludique et sérieux. Elle remet le débat au bon endroit : quelle modalité produit le meilleur apprentissage pour ce public, dans ce contexte ?
Dans nos accompagnements en conception pédagogique, nous partons des situations réelles : public, contexte, objectifs, contraintes, compétences à développer, pratiques à faire évoluer et conditions de transfert.
À partir de ce cadrage, nous choisissons ou concevons la modalité la plus adaptée.
Il peut s’agir d’un jeu pédagogique, d’une simulation, d’un cas pratique, d’un atelier collaboratif, d’un parcours blended, d’une mise en situation ou d’un dispositif plus complet.
Nous pouvons aussi adapter un jeu existant ou créer un jeu sur mesure lorsque le besoin le justifie. Dans ce cas, le jeu est conçu à partir des situations professionnelles que les participants doivent mieux traiter, pas à partir d’une mécanique ludique choisie à l’avance.
L’objectif reste constant : construire des formations qui font vivre, analyser et transférer.
Pour aller plus loin
Partir du besoin avant de choisir un jeu pédagogique permet de garder la formation à sa juste place : un dispositif conçu pour développer une compétence, soutenir une pratique et préparer un transfert dans le travail réel.
Le jeu peut être une excellente réponse. Il peut créer une expérience forte, révéler des mécanismes et ouvrir un débrief puissant. Mais il n’est pas la réponse par défaut.
La bonne conception pédagogique commence par le besoin réel. Elle clarifie ce que les participants doivent faire, comprendre ou réutiliser. Elle choisit ensuite le format le plus adapté.
Parfois, ce sera un jeu. Parfois, ce sera autre chose. Dans les deux cas, la qualité vient du même principe : choisir la modalité qui aide vraiment les participants à progresser.
Vous souhaitez concevoir une formation plus active, intégrer un jeu pédagogique ou vérifier que la modalité choisie correspond bien à votre besoin ? Nous pouvons vous aider à clarifier le besoin réel et à construire un dispositif adapté à votre contexte.
Pourquoi partir du besoin avant de choisir un jeu pédagogique ?
Partir du besoin permet de choisir une activité qui sert réellement l’apprentissage. Sans ce cadrage, le jeu peut être agréable, mais peu transférable. Le besoin permet de définir ce que les participants doivent comprendre, pratiquer ou réutiliser après la formation.
Comment savoir si un jeu pédagogique est pertinent ?
Un jeu pédagogique est pertinent s’il apporte quelque chose qu’une autre modalité apporterait moins bien : faire vivre une situation, révéler des comportements, créer une prise de conscience, faciliter un débrief ou préparer un transfert.
Quelle différence entre choisir un jeu et concevoir une formation active ?
Choisir un jeu consiste à sélectionner une activité. Concevoir une formation active consiste à partir du besoin, définir les objectifs, choisir les modalités, animer, débriefer et préparer l’application terrain. Le jeu peut faire partie de cette conception, mais il ne la remplace pas.
Que faire si un client demande absolument un jeu ?
Il est utile de reconnaître son intention, puis de clarifier le besoin. La question n’est pas de refuser le jeu, mais de vérifier ce qu’il doit permettre de faire réussir. Si le jeu est pertinent, il sera choisi. Sinon, une autre modalité pourra produire un meilleur apprentissage.
Un jeu pédagogique est-il toujours plus efficace qu’un cas pratique ?
Non. Un jeu est efficace lorsqu’il permet de faire vivre ou observer un mécanisme utile. Un cas pratique peut être plus adapté lorsqu’il faut analyser une situation, appliquer une méthode ou comparer des options. Le choix dépend de l’objectif.
Pourquoi le débrief est-il indispensable après un jeu ?
Le débrief transforme l’expérience en apprentissage. Il permet d’observer ce qui s’est passé, d’analyser les mécanismes, de relier l’activité au travail réel et de préparer une transposition dans les pratiques.
Chaque organisation a ses propres contraintes, ses propres enjeux, son propre terrain.
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